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Anne-Laure Barret

© Gilles Bassignac/Divergence pour le JDD

© Gilles Bassignac/Divergence pour le JDD

Alors que le projet de loi bioéthique est au menu de l'Assemblée à partir de mardi, le célèbre médecin René Frydman invite le gouvernement à autoriser les tests chromosomiques dans certains cas et fustige…

 

 

Alors que le projet de loi bioéthique est au menu de l'Assemblée à partir de mardi, le célèbre médecin René Frydman invite le gouvernement à autoriser les tests chromosomiques dans certains cas et fustige l'inculture scientifique sur cette question.

 

Grand spécialiste de la médecine de la reproduction, René Frydman, qui, en 1982, a donné naissance à Amandine, le premier bébé-­éprouvette français, est un fin connaisseur de la législation bioéthique. Il fut le témoin de ses révisions successives et de maints débats. Alors que le projet de loi gouvernemental sera examiné en séance à l'Assemblée nationale à partir de mardi, l'obstétricien se ­félicite de l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux célibataires et aux lesbiennes, au nom du progrès des droits des femmes. Surtout, il réclame l'autorisation d'un dépistage ADN dans certains cas de fécondation in vitro (FIV).

 

 

 

Les anti-PMA craignent que le désir humain n'ait plus de bornes. Êtes-vous "no limit"?

 

Pas du tout : je suis contre la GPA, une aliénation de la femme ! Mais je pense qu'il faut laisser à l'humanité – et non à Dieu! – le soin de fixer les limites. A mon sens, tout ce qui concerne le don mérite réflexion car un tiers entre dans l'histoire. Ça vaut pour les couples hétérosexuels comme pour ceux de femmes. Un temps de recul est nécessaire ; chacun doit se retourner sur son passé, réfléchir à la notion de secret, de génétique. En Belgique, 15 à 20% des couples qui demandent à bénéficier d'un don se voient opposer un refus. La médecine n'est pas un bouton sur lequel on appuie. Le texte législatif prévoit qu'une équipe pluridisciplinaire puisse motiver un éventuel refus, quel que soit le type de couple concerné.

 

    "Pourquoi préfère-t-on que des femmes souffrent, alors que l'on sait prévenir ces souffrances?"

 

L’obstétricien René Frydman sur la PMA : "C'est à l'humanité, et non à Dieu, de fixer les limites"

 

Dans votre manifeste paru dans Le Monde, vous réclamiez la possibilité de dépister l'embryon. Le gouvernement s'y oppose en parlant d'eugénisme. Comment réagissez-vous?

 

Depuis des années, 200 spécialistes français de l'infertilité essaient de mettre cette question sur la table mais rien n'y fait. Il y a une grande méconnaissance des mécanismes scientifiques. Ça transparaît dans le projet de loi, contradictoire sur ce point. Nos responsables ont-ils tout bien ­compris? Le point clé, c'est que l'espèce humaine n'est pas une très bonne reproductrice ; 60% des embryons ne donnent jamais de bébés. Dans certains cas, chez des femmes âgées de plus de 35 ans, une analyse génétique serait utile. L'idée n'est pas de tout passer au crible mais de traquer les anomalies chromosomiques afin d'éviter de transférer des embryons qui n'ont aucune chance de ­donner une grossesse mais aussi des fausses couches à répétition et des traitements lourds chez des femmes qui ne pourront pas tomber enceintes. Ceux qui parlent d'eugénisme, en pensant à la ­trisomie 21, ne sont pas opposés au dépistage ADN pratiqué au moyen d'une prise de sang au début de la grossesse. C'est absurde. Pourquoi préfère-t-on que des femmes souffrent, alors que l'on sait prévenir ces souffrances?

 

 

 

    "Je propose d'expérimenter le dépistage ADN de l'embryon pendant trois ans"

 

 

L'embryon n'est-il pas devenu un sujet aussi politique que la PMA pour toutes?

 

L'embryon est au cœur d'une certaine idéologie religieuse. C'est un sujet inflammable. Notre pays est le seul à avoir une succession de lois bioéthiques qui deviennent très politiques : des alliances de circonstance se nouent à chaque fois. Ailleurs, on fait des réglementations et on les évalue. Je propose d'expérimenter ce dépistage pendant trois ans. Dans certaines ­circonstances, avec déclaration officielle à l'Agence de biomédecine. On sait déterminer le sexe d'un fœtus à la huitième semaine par simple prise de sang depuis des années mais personne ne s'est mis à le faire. Les médecins ont une éthique.

 

Pour lire cette interview en intégralité, retrouvez le JDD en kiosques, en numérique ou sur abonnement.

 

 

 

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via : MSN