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Cet article vise à fournir une base exhaustive, s’appuyant sur le canon biblique et la littérature théologique pertinente, pour comprendre la nature, les causes et les implications de ce jugement sévère.
Professeur de théologie et séminariste, Daniel Ramos est titulaire d'une licence en lettres (2024), d'une double licence et maîtrise en théologie (2013/2015) et d'un diplôme d'études supérieures en enseignement. Auteur de deux ouvrages de théologie, il possède plus de vingt ans d'expérience pastorale et est membre de l'Assemblée de Dieu de Belo Horizonte.
Chers frères et sœurs, l’idée qu’un Dieu intrinsèquement bon et miséricordieux puisse « rejeter » l’une de ses créatures est sans aucun doute l’un des thèmes les plus complexes et parfois les plus bouleversants de la théologie. Loin d’être un concept univoque, le rejet divin doit être analysé à travers divers prismes bibliques et théologiques, en distinguant le rejet d’un individu pour une fonction ou un but précis et le rejet final, eschatologique, qui implique la damnation. Cet article vise à fournir une analyse approfondie, s’appuyant sur le canon biblique et la littérature théologique afin de comprendre la nature, les causes et les implications de ce jugement sévère.
1. TERMINOLOGIE ET CONTEXTE BIBLIQUES
Le concept de rejet divin ne se manifeste pas dans la Bible par un seul terme hébreu ou grec, mais par diverses expressions indiquant la désapprobation, l'abandon, le rejet ou la privation de faveur. Dans l'Ancien Testament, des termes tels que mā’as (מאס – rejeter, mépriser) et nātaš (נטׁש – abandonner, laisser partir) sont fréquemment utilisés pour décrire l'action de Dieu.
Dans le Nouveau Testament, on trouve l'emploi d'apōtheō (ἀπωθέω – se détourner, rejeter) et de dokimos (δόκιμος – approuvé) ainsi que sa négation adokimos (ἀδόκιμος – réprouvé, désapprouvé).
Comprendre ce rejet implique inévitablement la notion d'Alliance. La relation de Dieu avec l'humanité, en particulier avec Israël et, plus tard, avec l'Église, est une alliance. Le rejet est, dans bien des cas, la conséquence directe et conforme à l'alliance, de l'infidélité, de la transgression des conditions fixées par Dieu. Voici les principales références bibliques, classées par contexte :
a) Rejet de nations ou de chefs collectifs (généralement après des périodes d’infidélité)
Israël (Royaume du Nord) : (2 Rois 17:20) « L'Éternel a rejeté toute la race d'Israël; il les a humiliés, il les a livrés entre les mains des pillards, et il a fini par les chasser loin de sa face. »
Israël (Royaume de Juda) : (Jérémie 6:30) « On les appelle de l'argent méprisable, Car l'Éternel les a rejetés. »
Le Temple de Silo : (Jérémie 7:12-15) Dieu rejeta le lieu où il résidait (Silo) à cause de la méchanceté du peuple, servant ainsi d’avertissement à Jérusalem.
Saül comme roi : (1 Samuel 15:23) « Car la désobéissance est aussi coupable que la divination, et la résistance ne l'est pas moins que l'idolâtrie et les théraphim. Puisque tu as rejeté la parole de l'Éternel, il te rejette aussi comme roi. » (cf. 1 Samuel 16:1)
b) Rejet d'individus pour des actes spécifiques
Caïn : (Genèse 4:14-15) il est chassé de la présence de Dieu et du pays.
Ésaü : (Malachie 1:2-3, Romains 9:13) « j'ai aimé Jacob, Et j'ai eu de la haine pour Ésaü » Dans le contexte prophétique, cela fait référence au choix de Dieu pour la lignée de l’alliance, rejetant Ésaü (les Édomites) pour son idolâtrie et son hostilité.
Les prêtres impies : (1 Samuel 2:12-17, 22-36) La maison d’Éli est rejetée pour le sacerdoce en raison de l’irrévérence et de la corruption de ses fils.
c) Le langage du « départ » ou de la « soumission »
Souvent, le rejet est décrit comme un « retrait de Dieu » ou l’abandon des personnes aux conséquences de leurs choix. Par exemple :
Romains 1:24, 26, 28 : « Dieu les a livrés » à l’impureté, aux passions honteuses et à un esprit dépravé, en guise de châtiment pour l’idolâtrie et l’oppression de la vérité.
Osée 4:17 : « Éphraïm s’est attaché aux idoles ; qu’il aille à lui ! »
Juges 16:20 : Samson, malgré sa désobéissance persistante, ne réalise pas que « l’Éternel s’était déjà retiré de lui ».
2. LE REJET LIÉ À UNE FONCTION OU À UN OBJECTIF
Il est essentiel de distinguer le rejet d'une personne ou d'un groupe de personnes pour un rôle spécifique au sein du plan divin, et le rejet ultime du salut. On confond souvent, par exemple, le fait que Dieu n'ait pas entendu une demande particulière et le sentiment d'être rejeté pour le salut. Des situations totalement distinctes sont ainsi amalgamées sous l'angle des besoins humains.
a) Le rejet de la charge royale dans l'Ancien Testament
L'un des exemples les plus marquants est celui du roi Saül. Saül fut oint par Dieu pour être le premier roi d'Israël (1 Samuel 10:1), mais il fut par la suite rejeté par Dieu en raison de sa désobéissance et de son arrogance. 1 Samuel 13:13-14 : Le prophète Samuel réprimande Saül pour avoir offert un holocauste sans l'avoir attendu, déclarant : « Tu as agi en insensé, tu n'as pas observé le commandement que l'Éternel, ton Dieu, t'avait donné. L'Éternel aurait affermi pour toujours ton règne sur Israël; et maintenant ton règne ne durera point. L'Éternel s'est choisi un homme selon son coeur, et l'Éternel l'a destiné à être le chef de son peuple, parce que tu n'as pas observé ce que l'Éternel t'avait commandé. »
1 Samuel 15:23 : Après que Saül eut de nouveau désobéi, épargnant Agag et le meilleur bétail amalécite, Samuel déclare : « Puisque tu as rejeté la parole de l'Éternel, il te rejette aussi comme roi.»
Le rejet de Saül n'implique pas nécessairement sa damnation éternelle, mais plutôt la perte de la faveur divine pour l'exercice de sa charge théocratique. Il perd sa charge et l'Esprit de Dieu le quitte (1 Samuel 16:14).
Il est impossible de conserver la charge divine une fois qu'on s'est éloigné de la voie de Dieu. De nos jours, d'innombrables cas ressemblent à celui de Saül : de grands responsables d'Église qui se sont égarés loin de la voie divine, et il est clair que le Seigneur les a rejetés. Le plus désolant, c'est qu'ils sont tellement englués dans leur propre vanité que, même complètement perdus, ils persistent à mener le peuple « n'importe où ».
b) Le rejet d'Israël dans une perspective cyclique et eschatologique (Romains 9-11)
Le rejet d'Israël est un thème central, notamment abordé par Paul dans les chapitres 9 à 11 de l'épître aux Romains. La nation, dans son ensemble, a été infidèle à l'Alliance, ce qui a abouti au rejet du Messie.
- Rejet cyclique (Ancien Testament) : Israël a fréquemment subi un abandon temporaire de la part de Dieu (exil, captivité), comme en témoignent des passages tels que Jérémie 7.29 (L'Éternel a rejeté et abandonné la génération de sa colère). Ces périodes étaient des épreuves pédagogiques destinées à conduire à la repentance.
Ainsi, le Seigneur dans sa grandeur d'enseignant, enseigne à son peuple le chemin de son dessein. Nous devons tirer des leçons de ces épreuves divines afin de ne pas subir de telles transformations, car le Seigneur est le même (cf. Hébreux 13.8).
- Rejet du Messie (Nouveau Testament) : La nation d'Israël, dans sa grande majorité, a rejeté Jésus-Christ. Dans Romains 11:1, Paul demande : « Dieu a-t-il rejeté son peuple ? » Et il répond avec force : « Certainement pas ! »
Ce passage est admirable en ce sens que Dieu, en réalité, ne souhaite abandonner personne. Cependant, ceux qui ont le cœur endurci demeurent éloignés de la lumière et, par conséquent, se sentent abandonnés. Mais ce n'est pas le Seigneur qui les a abandonnés; il leur permet plutôt de vivre selon les désirs de leur cœur endurci (cf. Psaume 81, 12).
La théologie paulinienne établit une distinction essentielle : le rejet d'Israël est partiel (« une partie d'Israël s'est endurcie », Romains 11, 25) et temporaire (jusqu'à ce que la plénitude des païens soit entrée, Romains 11, 25). Dieu n'a pas révoqué ses promesses, mais les a suspendues pour la majorité, canalisant le salut par l'intermédiaire d'un reste (Romains 9, 27) et des païens, avec la promesse d'une restauration future (« tout Israël sera sauvé », Romains 11, 26). Le rejet d'Israël a paradoxalement servi d'instrument au salut du monde.
3. LE REJET AU SENS ESCHATOLOGIQUE : LE JUGEMENT FINAL
Le rejet divin le plus sévère est celui qui aboutit à la damnation éternelle, la séparation définitive d’avec Dieu. Dans l’Écriture, ce rejet est toujours présenté comme la conséquence de l’obstination humaine, du péché persistant et de l’incrédulité face à la grâce offerte. J’aimerais illustrer cela par l’exemple de l’élève qui, à la fin de l’année scolaire, reproche à son professeur son échec. Or, c’est l’élève lui-même qui n’a pas suivi les consignes du professeur et qui, par conséquent, n’est pas en mesure de réussir. L’élève a suivi un chemin. Le Chemin, c’est le Christ, mais c’est le chrétien qui le parcourt.
a) La cause du rejet : le péché et l’incrédulité
L’Écriture est claire : le rejet définitif n’est pas un acte arbitraire de Dieu, mais le juste jugement porté sur ceux qui rejettent délibérément la vérité et le salut en Christ.
1) Jean 3.18 : «Celui qui croit en lui n'est point jugé; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » Le rejet est avant tout un refus de l’offre du salut.
2) Hébreux 10.26-27 : Ce passage met en garde contre ceux qui, après avoir reçu la connaissance de la vérité, pèchent délibérément : « Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l'ardeur d'un feu qui dévorera les rebelles.».
3) Tite 1.16 : Ce passage décrit ceux qui prétendent connaître Dieu mais le renient par leurs actes, étant « abominables, rebelles et incapables (adokimos) de toute bonne œuvre ».
b) les réprouvés (Adokimos)
Le concept de réprobation dans la théologie fondée sur des textes tels que Romains 9 et 2 Corinthiens 13:5 (« Examinez-vous vous mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus Christ est en vous? à moins peut-être que vous ne soyez réprouvés »), concerne le rejet éternel.
La réprobation est la décision souveraine de Dieu de ne pas accorder la grâce salvatrice (l'élection) à certains individus, les laissant ainsi dans leur état de péché et les condamnant par conséquent pour leur incrédulité et leur désobéissance.
c) Le Jugement et la Sentence
Jésus décrit explicitement le rejet final dans le contexte du Jugement :
1) Matthieu 7:23 : Dans le Sermon sur la montagne, Jésus déclare aux faux docteurs et aux artisans d’iniquité : « Je ne vous ai jamais connus; éloignez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » Le rejet est la rupture de toute relation personnelle avec le Christ.
2) Matthieu 25:41 : Dans la parabole du Jugement dernier, le Roi dira à ceux qui seront à sa gauche : « Éloignez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. » Le rejet eschatologique est la damnation éternelle.
3) 2 Thessaloniciens 2:10-12 : Il est question du rejet de ceux qui « n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés », sur lesquels Dieu envoie une puissante illusion afin qu’ils croient au mensonge et soient jugés.
4. IMPLICATIONS THÉOLOGIQUES ET LITTÉRATURE CONNEXE
La doctrine du rejet divin a des implications profondes pour la compréhension de la souveraineté de Dieu, de la justice divine et du libre arbitre humain. Bien que le terme « libre arbitre » relève davantage de la philosophie que de la théologie, la doctrine chrétienne l’a adopté pour désigner les choix humains. En théologie, il est naturel de dialoguer avec d’autres sciences.
a) Souveraineté et Justice
Le rejet divin, en particulier dans sa dimension eschatologique, affirme la souveraineté incontestable de Dieu sur le destin final. Romains 9:22-23 parle du pouvoir de Dieu sur « les vases de colère, préparés pour la destruction » et sur « les vases de miséricorde, qu’il a préparés pour la gloire ». Le rejet est donc un exercice de sa justice rétributive. Dieu n’est pas injuste; il juge les méchants selon leurs actes iniques (Psaume 7:11-12). Concernant la souveraineté divine, toute remise en question par l’humanité est vaine. Même si une telle remise en question est légitime (comme celle de Job devant Dieu), elle n’a aucune valeur devant l’Éternel. Après tout, où étions-nous lorsque Dieu a établi les firmaments de la terre ? (cf. Job 38:4-7).
b) Responsabilité humaine
Malgré la souveraineté divine en matière de réprimande, la Bible souligne que la responsabilité du rejet incombe entièrement à l'humanité. Dieu désire que tous se repentent (2 Pierre 3.9), mais l'individu, dans son libre arbitre déchu, endurcit son cœur (Exode 7.3, Romains 9.18) et refuse l'appel de la grâce. Contrairement à d'autres religions, le christianisme fonde la responsabilité sur les choix humains. La liberté sans responsabilité est dénuée de sens !
c) Littérature théologique
La question du rejet divin est un pilier de la théologie systématique. Remarques :
1) Augustin d’Hippone : Dans des ouvrages tels que *La Cité de Dieu*, il a développé la doctrine de la grâce irrésistible et de la prédestination, jetant ainsi les bases de l’idée que Dieu, dans sa souveraineté, permet à certains de demeurer dans leur juste condamnation.
2) Jean Calvin : Dans *L’Institution de la religion chrétienne*, il a exposé en détail la doctrine du double décret (élection et réprobation), arguant que le rejet est un « décret terrible et avoué » (horribile decretum), mais nécessaire pour affirmer la souveraineté absolue de Dieu.
3) Arminianisme et théologie wesleyenne : Ces courants présentent une conception qui nuance la prédestination inconditionnelle, en mettant l’accent sur la prescience divine (Dieu sait qui le rejettera, mais ne détermine pas activement le rejet) et sur le rejet comme conséquence directe de la résistance humaine persistante à la grâce prévenante de Dieu.
5. CONCLUSION
Le rejet divin est un thème aux multiples facettes dans l’Écriture. Il peut s’agir, d’une part, de la privation de la faveur divine liée à une fonction particulière (Saül) ou à une discipline temporaire imposée par l’alliance (Israël).
Dans son sens le plus sévère et définitif, le rejet est le jugement eschatologique qui s’abat sur ceux qui, par leur incrédulité et leur iniquité persistantes, rejettent l’œuvre salvatrice de Jésus-Christ.
Il ne s’agit pas d’un caprice, mais de la manifestation de la sainteté et de la justice d’un Dieu qui ne peut tolérer le péché. Le fondement théologique et biblique désigne le rejet comme la juste fin de ceux qui ont choisi l’autonomie et l’inimitié envers Dieu, rappelant solennellement la gravité de l’obéissance, la foi et l’urgence d’embrasser la grâce de l’élection en Christ Jésus, seul refuge contre le décret de réprobation.
Il est essentiel de nuancer les passages bibliques présentés dans cet article sur le rejet divin; ils sont indissociables du message central des Écritures :
a) Le rejet n’est pas le désir premier de Dieu : Lamentations 3.31-33 et 2 Pierre 3.9 montrent sa compassion et son désir de ne voir personne périr. Le Seigneur est infiniment plus miséricordieux que colérique. En effet, les Écritures le présentent comme lent à la colère (cf. Nahum 1.3 et Nombres 14.18).
b) Le retour est possible : Le rejet d’Israël (en tant que nation de l’alliance) n’était pas définitif. Romains 11 parle d’un reste et de la possibilité de le réintégrer.
c) La garantie pour le croyant en Christ : Jean 6.37 est la promesse fondamentale : « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » La sécurité se trouve en Christ, non dans notre propre justice.
d) Le critère est la foi et le repentir : le rejet final (au Jugement) est pour ceux qui ont persisté à rejeter Dieu et ont refusé de se repentir et de croire (Jean 3:18, 36).
Ainsi, les références bibliques montrent que Dieu rejette ceux qui le rejettent obstinément et sans repentir, rompent son alliance et refusent d'écouter ses appels à la repentance. Ce « rejet » est la triste constatation d'un choix humain définitif, jamais un acte d'arbitraire divin. Le message principal de la Bible est une invitation à la repentance et à la réconciliation, l'œuvre du Christ sur la croix étant la preuve ultime que Dieu ne souhaite pas rejeter, mais accueillir.

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